06 avril 2006

rue mouffetard

Je me sens au bout d’une transformation irréversible. Je commence à devenir cette femme polonaise et idiote du métro, qui aime selon l’intensité du vide qui vient de l’autre ; la femme qui s’échappe seulement quand elle est déjà descendue trop bas. La femme capable pas de tuer, mais de mourir pour quelqu’un qui la hait, mais qui la touche au moins. Et qui la tolère. Qui la maintient suffisamment affamée pour ses regards éphémères, mais infaillibles quand même. Comme si elle n’était pas dégueulasse, comme si elle n’était pas désespérée, comme si elle se donnait le droit de choisir, comme si elle n’était pas moche, et honteuse, et perdue, et bête – et facile. Et cheap. Et faible. Comme si elle ne se donnerait pas à n’importe qui s’il démontrait un petit peu de bonne volonté. De clémence envers des cœurs naïfs. Sans propriétaire, sans aucune perspective de gaieté.

Je le regarde et il ressemble à un clochard. Un clochard à la Gus Van Sant ou Gregg Araki ; moitié junkie cru, moitié poète sans poème; de toute façon stylisé. Un homme sans abri, mais pas sans choix. Sans moralité, mais pas sans savoir ce que s’est que la dignité. Sans sous, sans femme, sans boulot, sans mot, sans droits, sans but, sans rêve, sans caprice. Mais un homme avec qui je me permettrais l’audace délicieuse et calamiteuse de tout laisser tomber pour qu’il me prenne -- et qu’il ne me lâche pas.

Si lui, il avait pu lire, comprendre des trucs abstraits, des choses de l’âme pensante, il serait quelqu’un de très dangereux. Mais non. Il ne l’a pas eu cette chance là, ou ce fardeau. Et alors il est là, devant moi. Et il me donne un bisou discret, comme s’il demandait quelque chose. Qu’il sait que je lui donnerai. Et dont j’ignore le vrai motif, il le sait. . Et comme si je n’appartiendrais pas trop à lui pour me foutre.


Posté par DiegoCosta à 05:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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