10 avril 2006

metro rome

Je rentre dans l’hôtel et il me suit. Parce qu’il n’a pas de choix. Et parce qu’il sait que ses profits n’annulent pas les miens.

Dans l’ascenseur, je sens sa froideur d’homme éloigné, mais trop lâche pour l’admettre (ou peut-être trop inutilement effrayé de faire du mal aux autres). C’était dans l’agoraphobie des ascenseurs français que notre lien de chair se montrait toujours inévitable. Il m’attrapait par les bras comme une chose ; m’embrassait tout en m’immobilisant, et c’était seulement comme ça que je pouvais mesurer son amour pour moi. Ses besoins, mes garanties. Oui, il est probable qu’il me baise ce soir.

Mais ce matin-là, il avait choisi de regarder les buttons, la porte, le plafond, et de ne rien dire. De transformer la petitesse de cet espace dans une grande chambre sans sol, sans pont, sans son, sans couleurs, sans matière, sans brillance. Et avec des trous, partout. Des vallées sans fin. Sans, sans, sans. Comment ça s’est fait, le paroxysme du castré social le comble du personnellement phallique en même temps?

Dans la chambre, cet homme confus et moi, on ne fait pas l’amour. On parle des choses sans vie et sans promesse ; de vraies choses qu’on touche, qu’on voit et qu’on essaye de surpasser. On raconte des petites histoires de voyages (de l’Amérique vers Paris ; de Paris vers elle-même). On respire de l’air sans faim, sans mystère, d’une histoire anesthésiée, au bord de larmes. Une histoire d’homme et de garçon. D’homme et de garçon. D’homme et de garçon. D’homme, d’homme, et de garçon. De haut et de bas. De trop et de rien. Et de rien que ça.

Histoire de peau de cicatrice et de pore. De la couleur de l’homme. Tous les hommes. Tous. Tous, tous, tous. Une histoire si intime au début qui devient, d’un coup, une histoire à tous, sauf à nous. Une histoire pour les livres jamais écrits, pour ceux qui sortent d’eux-mêmes quelquefois dans leur vie. Une histoire qu’on peut raconter quand on a besoin de plus de tristesse pour noyer la tristesse, néanmoins.

Et c’est impossible de ne pas s’étonner qu’on sorte de cette petite chambre inanimée sans faire l’amour. Sans s’embrasser follement. Sans se rappeler qu’on ne s’est pas vus depuis des semaines, des siècles. Sans prendre du temps pour se convaincre que la rue, que le dehors, ait quelque chose de plus important à nous offrir que la chair, que des souvenirs. Comme si l’après pourrait être plus plein de promesses que l’avant. Comme si les idylles ne se rabougrissaient pas avec le temps. Comme s’il y avait quelque chose de plus beau, de plus délirant, à nous attendre au-dehors de cet ascenseur sans air, sans geste, sans sexe.


Posté par DiegoCosta à 02:51 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur metro rome

    it's cute

    it's a part of your novel?

    Posté par mike, 11 avril 2006 à 17:06 | | Répondre
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