22 avril 2006

rue monge

On cherche un café, on prend le métro, on dit non aux gens, on fait attention à nos sacs. On s’ennuie. Quoi d’autre à faire à Paris? S’ennuyer de la distance entre le soi et les autres, boire du café jusqu'à la dernière pièce, acheter des cartes oranges, esquiver les Américains, chercher des distributeurs, se demander vers où on est en train d’aller.

Il y a toujours un type de peur qu’on respire en marchant par les rues parisiennes. Une sensation de pouvoir rencontrer la plus belle beauté, ou la misère la plus horrifique au tournant d’un coin. Une blonde excessivement bien habillée, ou un Pakistanais sans bras. Des amoureux, ou de la merde de chien. Et toujours des gens qui gardent leur bonheur trop à l’intérieur, leur douleur un peu plus proche de leurs bouches.

On cherche un taxiphone aussi. « Comme d’hab » il dit, sans perdre de vue sa distance de mon corps. Sans perdre de vue le fait qu’il faut au moins être gentil, parce qu’il nous manque une semaine entière encore. Sept nuits. Sept jours vides à remplir. À éviter des paroles sur l’avenir, sur ce qui nous gêne, sur ce qui me gêne, et ce qu’il tue avant qu’il lui brûle la peau.

Lui il s’esquive. Moi je m’approprie, je dissèque, j’invente, j’inflige, je profite. Je saigne. J’adore. Je complote, je mine, je rêve.

On s’aperçoit que l’histoire est morte quand le regard de l’autre ne cherche pas le notre. Je me rappelle me sentir complètement honteux, et surpris, quand il me regardait avant, en me déshabillant, absolument aveugle. Sans se rendre comte de ma laideur, de mes névroses, de ma nature infidèle, obsessive, claustrophobe – criminellement égoïste.

On s’assoyait au Flunch, à manger du poulet sans goût, à boire du café fade, en transformant ces heures tièdes en des promesses de vie bourgeoise, ou sans arrêt, au moins.

Lui il profitait de ce regard social que je lui donnais. Il y a quelqu’un qui me regarde. Moi, je profitait de son regard en soi, des moments où il me touchait avec ses yeux, quand il me faisait le faveur de regarder ce corps à moi, de me castrer doucement, sans hésiter, sans se demander pourquoi, ou comment, ou jusqu’à quand.

Posté par DiegoCosta à 02:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur rue monge

Nouveau commentaire