01 mai 2006

st. michel

On passe par un kiosk de presse. Je tue mon désir d’acheter un magazine littéraire lorsque je me souviens tous les autres qui j’ai acheté la dernière fois et qui n’ont pas encore été lus. Ou broutés. Mais qui sont bien gardés, comme des petits tickets de métro de l’été dernier. Au cas où une pulsion absolue d’élaborer un journal des mémoires adolescentes vienne dans l’esprit. Au cas où tout se termine et que je n’aie que ces petits morceaux de papier, ces factures avec nos noms, ces brochures de soirées branchées pliées en deux, pour prouver qu’une fois, une fois un vrai homme m’a aimé.

La langue française, cette pute, elle fait qu’on accepte des choses dégueulasses seulement parce qu’elles ont l’air de sonner bien en forme de bouquin. En forme d’anecdote racontée à des amis intellos, ou presque. En forme de chose lisible, sérieuse, publiable, admirable.

Des lâches, les Français, en se cachant des horreurs humaines derrière des paroles bien pensées, des bouches bien perchées, du cinéma bien tourné. Les Français font de leurs vies ce que les Américains font de leurs faiblesses :  ils les cachent entre des serre-livres, les maquillent avec des rêves anachroniquement bêtes. Ils les retardent en les imaginant trop. Ces victimes des espoirs fous.

Posté par DiegoCosta à 05:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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