18 juin 2006

hotel prélude, encore une fois

Peut-être pas par hasard, il a fallu qu’on revienne ici pour fermer le cercle. Ce bâtiment avec des espèces de demi étages où l’ascenseur s’arrête pour nous offrir des escaliers à monter ou à descendre. Comme s’il essayait de nous dire que même si on choisit des systèmes mécaniques pour nous déplacer d’un étage à un autre, il faut toujours faire encore un peu plus d’effort à Paris, où il y a toujours quelque chose de chiant même dans les situations les plus agréables.

C’est ici, pas à Saint Denis ou à 93 que je me sens plus effrayé. Plus vulnérable. Plus dénudé. Sans excuse, sans avenir, sans outil. À cause de l’immoralité banale du voisinage qui semble dire « venez » à tout le monde sauf moi.

Mais encore plus à cause de ce bar Portugais au coin de la rue de l’hôtel, où si on m’insulte je comprends excessivement bien. Ma chair le sentirait même avant que mon cerveau. Et ça fera trop mal. Comme s’ils étaient venus de mon enfance jusqu’ici pour me tourmenter. Pour me rappeler que on ne tue vraiment pas la laideur du soi. Que l’oubli n’efface pas ses traces, et qu’ils reviennent comme des balles de ping-pong au fond de la baignoire. Des cadavres paresseux, anciens, oubliés au fond de la mer.

Comme si seulement en Amérique on pourrait vivre sa vie en faisant semblant qu’on n’est pas bizarre, grotesque. En faisant semblant que la haine est morte parce qu’on ne la manifeste pas. En faisant semblant que les gens n’ont pas l’envie de nous tuer, de nous frapper, de nous mutiler, et surtout, de rigoler de notre visage.

« T’inquiètes pas, le gens ne te feront rien parce qu’ils savent que tu es avec moi». C’est ça qu’il a dit la dernière fois, quand on était encore en train de construire nos rôles, de nous convaincre de nos intentions, et que la taille de nos corps était équivalente à la taille de nos rêves.

Mais cette fois il n’a rien dit. Comme si ses services de garde du corps auraient été expirés. Comme s’il me souhaitait de la chance à partir de ce moment.


Posté par DiegoCosta à 00:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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