26 juillet 2006

même chambre, étage différent

Quand je suis retourné avec sa bière et il m’a remercié comme on remercie une vendeuse, je lui ai demandé :

-Est-ce qu’on peut parler ?

-Vas-y. On parle pas ?

- Non, on parle pas.

- T’es fâché, il a dit, comme si ça j’aurais pas le droit.

- Fâché n’est pas le mot. (Ici j’aurais voulu dire désespéré mais…) Je suis frustré.

- Parce que j’ai pas fait l’amour avec toi ?

- Non, j’ai dit, honteux, et perplexe qu’il s’en soit rendu comte. Je ne te sens pas amoureux.

- Mais je sais…je suis pas bien dans ma tête, tu sais très bien. J’ai pas de travail, je suis dans la merde. J’ai rien. J’ai rien. L’autre
dit « oui, oui, je t’appelle quand il y a de boulot », nique sa mère, mon frère bla bla bla bla bla.

Comme s’il m’inondait avec ses tragédies humaines, comme si ça me fermerait la gueule. Et mon besoin de sa chair. Comme si moi, si je décidais de croire qu’il s’agissait d’un problème social et non sentimental, ça nous donnerait de la paix. De la résolution.
Je sens que lui, il a peur des paroles. Il a peur de comment je m’en sers. Il a peur de n’être pas capable de répondre à la même hauteur. Il a peur des questions où la force physique ne sert à rien.

Mais ça, cette manipulation des notions abstraites, ça c’est tout ce que j’ai. C’est la totalité de ma boîte à outils. Le cisellement de ma souffrance en mots c’est mon royaume. Comme son corps à lui. Ses bras. Ses mains. Ses doigts intrépides. Sa tenue.

Je parle, parle, parle, tout en essayant de ne pas trop dire. Comme si la sophistication de mes paroles le rendait impuissant en face de mon magnétisme intello. Ou bourgeois. Ou de blanc. Ou de pédé. Ou d’étranger.

Je parle jusqu'à ce que les mots deviennent des nœuds. Jusqu'à ce que ses oreilles bloquent mes désespoirs. Jusqu'à ce qu’il dise « Ferme ta gueule », « La prochaine fois, je te frappe » et, pire, « demain matin, je pars avec mes affaires. »

Et je ne suis pas sûr à quel point il faut être honnête avec soi et dire « ça suffit », ou « ça c’est ma limite », ou même « c’est moi qui m’en vais ». Reconnaître la défaite. Je me demande quand il faut se dire que c’est fini. Que c’est déjà trop moche, et sale et monstrueux. Que les autres se moqueraient de nous s’ils ne faisaient pas pareil.


Posté par DiegoCosta à 09:32 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur même chambre, étage différent

    j'aime cela; mais y a-t-il des possiibilités de sexalités en partage?

    Posté par lepapy, 21 novembre 2007 à 14:51 | | Répondre
  • Good Work

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    Posté par Herbal Remedies, 07 février 2012 à 08:16 | | Répondre
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