12 avril 2006

"t"

On se traîne jusqu'à la rue Mouffetard, où on achète la meilleure glace du monde, un parfum qui commence avec la lettre « t » et sonne italien. Et ou on écoute des Américains parler de ce qu’ils ont acheté, des choses. Ils sont intelligents, les Américains, ils savent très bien se cacher de ce qui fait mal, de la traîtrise des choses sans limites; sans prix.

Cette rue des petits touristes si joyeux qu’ils doivent être effrayamment tristes, c’est là où je me suis rendu comte que ou il me trompe, ou il me tromperai. Et que c’est pareil. Et pendant qu’on choisit entre une pizza de 18 euros et un kebab avec de la sauce samurai, je me demande s’il écrase si soigneusement mon petit cœur de femme polonaise pour survivre, pour baiser ou parce que c’est la fin.

Il dit qu’il faut faire des trucs bien sur les prophètes, sans leur donner de têtes de bombes, lorsque je regarde mes rêves parisiens se briser en air, et je me dégoûte des impossibilités qu’ils m’imposent. Qu’ils m’offrent comme cadeaux sataniques. Comme des blagues qui finissent par tuer quelqu’un, ou le rendre incapable d’imaginer de s’imaginer beau, beau et bien baisé, avec un tas de lendemains. De croire à une manière adulte de gérer la douleur, sans prétendre qu’on a besoin de sa disgrâce pour continuer. Pour continuer.

Nous, les pédés, ou peut-être moi, le pédé, on s’occupe trop de garantir notre bonheur que de la vivre vraiment. On ne se permet pas des moments de brève gaieté parce qu’on a peur qu’ils nous trompent, qu’ils nous fassent perdre du sol, de la chair, de la plénitude prévue -- comme le père qui quitte la chambre de l’enfant une fois que celui-ci commence à dormir. Des petits gamins qui se disent trop fatigués pour jouer une fois que tous les jeux ont été délicatement mis en place. Ou des sœurs que disent « oui » et après « peut-être. »


Posté par DiegoCosta à 04:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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